Voilà deux mois aujourd’hui que j’ai quitté New York.

Il m’aura donc fallu tout ce temps pour me décider à reprendre l’écriture de mon blog, deux mois de réflexion, deux mois à appréhender la suite, à regarder derrière moi, ou au contraire, à essayer d’aller de l’avant, deux mois d’hésitation, de réminiscences nostalgiques ou réconfortantes, deux mois à peser le pour et le contre, deux mois à m’habituer à me déshabituer, à chercher ces repères familiers, à retrouver ses marques, à attendre l’inspiration, deux mois pour me convaincre que le coup de foudre est éphémère, si c’est le cas, ne vaut-il pas mieux le quitter alors qu’on l’aime encore plutôt que de s’en aller, lasse, épuisé? Deux mois à me dire « Et si… » Et si…? Et si..?

Parce que voilà, New York, j’en étais tombé amoureux avant même d’y poser le pied, j’en connaissais les moindres recoins, j’en avais dressé des listes de choses à voir, à faire, à goûter. J’en rêvais comme un gamin impatient de déballer ses cadeaux un matin de Noël, j’en étais passionné, de la même passion qui anime les artistes, j’y voyais une toile blanche, un tableau à inventer, et tous les angles, toutes les coutures, tout, absolument tout devenait source d’inspiration. Et tout était naturel. Imprévisible. Tout était différent. Tout n’était pas rose pour autant. Cette année de vie a New York aura également été l’une des plus éprouvantes. Je n’oublie pas ces moments là mais ils tendent à se lisser, s’éclaircir d’une lumière plus douce, ils ne sont pas seulement difficiles, ils deviennent aussi formateurs, riches d’expérience et s’offrent, avec le temps, un regard plus léger, on en rie parfois, on s’étonne souvent, on se félicite de ne pas avoir abandonné, on se satisfait d’en être devenu plus grand.

Comme aujourd’hui. Je me pose encore beaucoup de questions. Serais-je toujours aussi inspiré? Aurais-je encore des choses à écrire? Trouverais-je l’envie de le faire? Il m’aura donc fallu deux longs mois pour me sentir prêt à répondre à mes questions. J’ai longtemps pensé que si j’écrivais c’était à cause, ou grâce à New York. Finalement, peut-être pas. Si j’écris, c’est peut-être tout simplement parce c’est une partie de moi. Il m’aura simplement fallu deux mois pour m’en rendre compte. Et alors que s’ouvre ce nouveau chapitre, je me dis aussi que j’en aurai des choses à raconter à mes enfants. Je leur raconterai ces voyages, ceux qu’on ne peut oublier, je leur dirai pourquoi il faut se donner le temps parfois, je leur parlerai des déceptions, des regrets, des doutes et de la solitude, mais je leur dirai surtout à quel point j’aurai été chanceux de voir tout ce que j’ai vu, d’aller là où j’ai toujours rêvé d’aller. Et puis, je leur dirai aussi de se laisser le droit à l’erreur, et qu’il est nécessaire de se tromper, qu’on a rien sans rien et qu’on est toujours plus heureux quand on fait les choses avec amour.

Je ne sais pas quand je retournerai à New York. Je sais simplement qu’un jour, quand je serai prêt, j’aurais toutes les joies du monde à retrouver le quartier où j’ai vécu, l’immeuble où j’ai habité, les chemins parcourus aux quatre saisons de l’année et tous les lieux auxquels je suis attachés. Mais je crois que ce n’est pas pour tout de suite. Ce n’est pas grave. Je saurai être patient. En attendant, j’appréhende mon nouveau chez moi, l’autre ville, celle que je me sens coupable d’aimer de plus en plus. Celle pour laquelle j’imagine, je l’avoue, écrire un jour. Je lui donne sa chance, elle le mérite tout autant. Mais cette fois, c’est différent. Ici tout me rappelle chez moi et c’est ce dont j’ai besoin, je m’en rends compte à présent, de me sentir, quelque part, chez moi. Une chose que New York n’a jamais pu m’offrir. En sachant cela, je réalise que le plus dur est derrière moi et que quitter New York n’était finalement pas le plus difficile. Le plus difficile aurait été d’y rester sans jamais pouvoir y être vraiment chez moi.

Alors ici, tout me semble plus simple, presque facile, parce que je me suis endurci sans doute, parce que je sais davantage ce que je veux peut-être, parce que je suis plus près de tout ou que je suis heureux tout simplement. La suite reste encore floue, trop lointaine pour se dessiner en détails à mes yeux, mais tant qu’aujourd’hui tout va bien, alors, tant mieux. Et de là où je suis, le prochain chapitre porte un nom plein de promesses, le début d’une nouvelle histoire à lui tout seul, je n’en connais pas encore le titre, mais sur la première page, au début de la première ligne, au premier mot, on pourrait lire, en lettre minuscule, son nom, à elle, l’autre ville, celle par qui tout recommence, de son charme si typique, de ses accents si bien marqués, qu’il est beau ce premier matin d’octobre, on s’y croirait pas et pourtant, c’est bien à Londres que l’on est…

London

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